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ÉCRIT PAR DANIEL LLITERAS. ASSOCIE A LA CATEGORIE AUTRES SPORTS

La côte algérienne qui s'étire sur plus de 1000 kilomètres, de Nemours à La Calle, présente une variété de criques, de plages et de falaises d'un intérêt touristique indiscutable. Elle est aussi et surtout, pour la forte et vivante jeunesse d'Algérie, un vaste stade nautique aux possibilités infinies. Combien de jeunes gens se sont initiés à la natation, à l'aviron, se sont livrés aux plaisirs nombreux et variés de l'eau, sur cet accueillant et beau rivage ?
La race qui se crée sur notre territoire, et à laquelle on se plaît à reconnaître un "caractère" et un " type ", est venue puiser dans la " mare nostrum " son substratum même.

Il n'y a pas de port, si petit fut-il, pas d'agglomération plantée sur le littoral, qui ne possède un club de natation, parfois un club d'aviron, une section de pêche ou d'exploration sous-marine, des pratiquants du hors-bord.

Comment résister à l'appel de l'eau sous le ciel d'Algérie? Elle est une invitation permanente à la fraîcheur, à la détente, à l'amusement et au sport.

Si les nageurs, les rameurs, les sportifs de l'eau de ce pays ont connu, connaissent et connaîtront encore des succès au retentissement international, chacun d'eux a découvert l'ivresse de l'onde et vu naître sa vocation sportive dans notre belle Méditerranée.

Natation

En Algérie on nage " naturellement ". Les premières sorties de l'enfant avec ses parents se font " à la mer " et les premières trempettes décident souvent d'une destinée de champion. Les piscines, les bassins nautiques, ne servent qu'à affiner, qu'à sélectionner des individualités aux ressources exceptionnelles parmi la multitude des sportifs de l'eau.

C'est ainsi que chaque année le littoral algérien voit naître des vocations et des champions. Il n'est pas jusqu'à nos plongeurs et pêcheurs sous-marins qui n'aient obtenu de brillants succès puisque l'un d'eux, M. Jean Médina, détient le record mondial de durée en immersion, avec 3 minutes 30 et qu'en équipe, plongeurs et harponneurs algériens ont glané une place de choix aux championnats mondiaux de 1954. Nos nageurs, eux, ont fourni à la France un contingent massif de champions qui sont devenus des vedettes européennes ou mondiales puisque, depuis trente ans, la métropole puise dans leurs rangs ses meilleurs représentants.

Dès 1922, les Moreau, Maddaléna, Gonzalo, Donald et Mlles Klein et Jacquot attirèrent l'attention aux championnats de France à Tourcoing.

Par la suite, Barriod, en demi-fond et Lapalud, en vitesse pure, inscrivirent leurs noms sur les tablettes des records nationaux. Puis Roig et Aspar se distinguèrent aux jeux universitaires et aux championnats de France. Leur relève fut assurée par Kovacs, brillant sprinter qui s'illustra à la fois dans les championnats nord-africains et de France et comme international.

Entre temps, Beaufrère, au tempérament capricieux, glanait les titres qu'il convoitait avec une surprenante aisance. Les frères Bernardo, Jo surtout, montèrent alors au firmament de la natation algérienne et nationale et ne tardèrent pas à être " appelés " par un grand club métropolitain. Puis éclata la " bombe " Million dont les performances et les titres sont présents dans toutes les mémoires et qui demeure l'élément le plus sûr de la Ligue d'Algérie avec les Viaene, Kamoun et quelques autres. Les Constantinois Bobcoff, Osviankine, Mlle Schiano, championne de France, Mlle Saingery, Mlle Morandini, Belhadj et le phénomène Montserret ont aussi et de façon particulièrement brillante porté haut le pavillon de l'aviron algérien, tandis que nul n'oubliera le prestigieux champion et recordman du monde, le Constantinois Nakache.

Water-polo

Les joueurs de water-polo ne le cèdent en rien aux nageurs et le R.U.A, champion de France en promotion participe aux finales de la division nationale.

L'A.S. Montpensier, actuellement A.S.M. Berre, fut longtemps le représentant nord-africain aux championnats nationaux. Ses titres de champion d'Algérie et d'A.F.N. ne se comptent plus, de même que ses participations aux demi-finales et finales des championnats de France L'an dernier, cette excellente formation éliminait Tourcoing l'invincible et Paris, et ne succombait qu'in extremis, devant Strasbourg.

Certes, et cela peut paraître paradoxal, les piscines se sont multipliées dans nos grandes agglomérations et surtout dans les ports, et plus particulièrement à Alger.

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Aviron

Le sport de l'aviron, pour être utilement pratiqué, ne souffre pas la lame, ni le clapotis qui accroche la " pelle " et déséquilibre l'embarcation. Nous ne trouvons donc les pratiquants de ce sport élégant et complet, de ce sport d'équipe par excellence, que dans les ports disposant d'un plan d'eau abrité assez vaste pour permettre leurs évolutions. Là aussi, le bassin demeure l'élément de finition, l'école supérieure qui, des aspirants fait des maîtres. Et dans ce domaine comme dans celui de la natation, l'Algérie a fourni son contingent de champions. Chacun se souvient des succès prestigieux des fameux équipiers bônois en " deux barré " qui, champions de France, ont brillamment représenté notre pays aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Ils s'appelaient " Tapie Fourcade " et leurs noms dans les esprits ne peuvent être dissociés car ils ne faisaient qu'un, une " équipe " dont les exploits restent gravés dans les mémoires et demeurent un exemple que chacun s'efforce de suivre et d'imiter. Georges Tapie, en canoë simple, réussissait en outre l'exploit d'être champion de France en 1928, 1929, 1930 et 1933, tandis que son club, le Rowing Club de Bône, enlevait le titre national en " quatre " et en " huit " en 1928 et 1930, et le " quatre " en 1929 et 1933, en yole de mer. Le même Rowing Club de Bône fut encore un brillant champion de France en 1938 en " quatre barré " et en " huit ", performance unique pour un club en championnat de France " out riggers ". En 1937, c'était l'athlétique " quatre " du Club Nautique d'Arzew qui s'adjugeait le titre national. Plus près de nous, le Rowing Club d'Alger s'octroyait à Alger même, en 1949, le titre de champion de France à " huit " (yole de mer), tandis que le même jour, le rameur Walgren, du Racing Universitaire d'Alger, enlevait le titre national en " canoë simple ". Depuis, et dès 1950, le Rowing d'Alger a participé à presque toutes les finales des championnats de France, manquant à deux reprises, et de quelques centimètres, le titre à " huit ", le plus envié.

Enfin, en féminin, le " quatre " dames de l'Aviron Oranais était champion de France 1952 et ne perdait son titre l'année suivante que d'une fraction de seconde. Les clubs d'aviron, tous placés dans les ports et pratiquant sur les plans d'eau de ces havres où ils doivent disputer leur parcours aux bateaux de commerce, aux remorqueurs, aux pêcheurs, aux pilotes, où faire la part du temps, disposent maintenant d'un instrument incomparable. La Ligue d'Algérie de la Fédération française d'aviron a pu, en effet, mener à bien l'aménagement du splendide plan d'eau constitué par le barrage du Hamiz, en vue de la pratique de ce sport. Deux kilomètres de parcours sur une eau constamment calme, protégée par les collines qui l'encadrent, dans un site enchanteur. Ce bassin paraissait avoir été réalisé pour les besoins de l'aviron tant il correspond aux normes exigées du bassin idéal pour la pratique de ce sport. Sa régularité naturelle a frappé et conquis tous les connaisseurs et il eut été anormal qu'on n'en tirât point avantage quand on sait, par exemple, que la région parisienne ne connaîtra son stade nautique d'aviron que dans quelques années, après un brassage de près de trois millions de mètres cubes de déblais et remblais et une dépense... dont on imagine aisément l'ampleur. Il n'est pas douteux que dans les très prochaines années nos rameurs " sortiront " à nouveau des champions susceptibles de prétendre aux titres les plus enviés. Mais c'est encore de multiples autres manières que le sport se manifeste tout au long des rivages algériens qui se trouvent ourlés d'une arabesque vivante que dessinent tous ceux, qui, en hors-bord, en kayaks dressés sur des aquaplanes ou de skis nautiques sillonnent inlassablement le champ mouvant de la grande bleue.

Daniel Lliteras

Source: http://www.cerclealgerianiste.fr/